logo
Accueil | Galerie | Michel Aguilera | Tadatoshi Akiba | Alain Audoubert | Grégoire Lyon | Contact
— Déjà vu —

Lorsque le regard s’approche de ces vêtements noircis, rougis, brunis, il a déjà perçu un drame. Un drame presque anonyme à en juger par l’état indescriptible de certains détails. Ce sont des restes, comme si la vie avait été sucée par les trous de ces haillons. Mais la texture de ces restes semble aussi en sursit, stoppée dans un processus de décomposition plus vaste. Certaines fibres ont donc survécu, une chance que la substance vivante n’a sans doute pas eu ce jour-là.
Le grain, le tissage, les coutures — toute cette ingéniosité humaine réduite à l’état de relique, de trace d'une réalité qu'on a peine à imaginer.

Lorsque l’œil du spectateur se détache de l’énigme pour lire la légende qui accompagne l'oeuvre, un infime éclat de l’histoire se ranime soudain à l’intérieur de lui-même —, il savait !

Et tandis qu'il se souvient de ce que tout le monde sait, le cadre de la photographie disparaît, le fond blanc devient lait intime de sa mémoire, et l'image revient comme l’écho inouï d’une violence qui dépasse encore sa singularité et son symbole.

Le témoignage visuel de ces linceuls improvisés vient faire face, en nous, à la distance exacte où nous aimerions reléguer cette histoire — parfois plus pour oublier qu’elle est « nôtre » que pour en suspendre attentivement tout retour.

Car l'homme en pleine croissance est encore bien trop séduit par l'esthétique d'une violence totale, d'un dépassement puissant qui date de l'ère du glaive…

Nous, là, rescapés à les regarder. Ne pas oublier mais y faire face; y aurait-il quelque chose de plus urgent ?

Le photographe Michel Aguilera, en allant exhumer cette actualité du passé, a su capter ce point de l’événement où notre mémoire se voudrait tellement partagée. L'archéologie où il nous convie dérange doublement notre sensibilité et le confort de l'oubli qui tend à enfouir le réel de ces radiations mortelles dans le mythe des raisons historiques qui constituent notre époque.

Comme un plafond suspendu par l'acuité de nos seules mémoires communes.

Et nos voix de se joindre au corbeau d'Edgar Poe : "Never more, Eléonore".

Grégoire Lyon, critique.
LES VÉTEMENTS DE HIROSHIMA - Design Art Limited
 Facebook
0
 Twitter
0
 Pinterest
0
 Google+
0
 LinkedIn
0
 StumbleUpon
0
 Tumblr
0