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Vêtements de Hiroshima : Le projet.

Il y eut d’abord, en 1997, une série de photographies intitulée « Suaires », autour de vêtements abandonnés que je ramassais dans les décharges, pour les photographier en studio avec le procédé dit du calotype.
En choisissant ce sujet, j’entendais alors témoigner des excès de la consommation de masse et au-delà, évoquer le drame de la disparition. Ce drame de la disparition et de la mort brutale continuait à me hanter, comme une émanation inévitable du vêtement abandonné.
J’allais découvrir, en préparant le voyage au Japon, qu’il existait des reliques de l’holocauste nucléaire, ces tristes souvenirs conservés au Peace Memorial Museum, et dont nous avions vu la collection, lors de notre visite en 2005 . Un lien se tissait avec mes "Suaires", je ressentais le besoin de photographier ces signes intimes du corps des victimes de Hiroshima, je voulais transmettre la souffrance que ces tissus témoignent. Les vêtements des victimes de l’explosion me sont apparus à la manière de fossiles que l’on découvre enfouis, qui renferment les traces de ce qui a été vécu dans la chair, la douleur, la peur, l’impuissance, la honte...

En photographiant ces vêtements du malheur, j’ai voulu créer un relais de mémoire, sensible et actuel, comme les voix des survivants qui racontent encore et toujours ce souvenir brûlant du feu nucléaire, cet instant programmé de l’enfer venu du ciel.

Les prises de vues ont été réalisées à partir d’un appareil de fabrication artisanale en bois, avec le même procédé calotypique que j’avais déjà expérimenté pour la série des Suaires. Cette technique photographique date des débuts de la photographie, autour de l’an 1840, et c’est une méthode qui consiste en une impression directe sur papier photographique avec des temps d’exposition de plusieurs secondes. Ce dispositif particulier, que l’on pourrait comparer à une sorte de rituel, s’est imposé à moi grâce à sa lenteur, suscitant le respect et le recueillement. La modification assez inattendue du rendu photographique, par l’accentuation des contrastes et la transformation des couleurs, donne à voir et à penser les effets imprévisibles des radiations atomiques, révélant jusqu’à l’irradiation même des victimes.

Michel Aguilera
Janvier 2008
LES VÉTEMENTS DE HIROSHIMA - Design Art Limited
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